Législatives: après son pacte avec le FN, Dupont-Aignan joue sa réélection « à un rien »

Crédit AFP – By JACQUES DEMARTHON

« Cette élection va se jouer à un rien. » Il y a encore un mois, cette phrase aurait surpris chez Nicolas Dupont-Aignan, député-maire « le mieux élu de France » depuis 20 ans. Mais son pacte présidentiel avec le Front national a relancé le suspense pour les législatives.

A peine annoncée, déjà enterrée, l’alliance entre son parti, Debout la France (DLF), et le FN, a laissé des traces dans la huitième circonscription de l’Essonne, où le souverainiste règne depuis 1997. Dans cette banlieue dortoir, où la métropole parisienne laisse place aux premières forêts d’Île-de-France, l’heure est aux remontrances.

« Vous assumez le programme du FN? », lancent Ammar Makouri et Yahia Benbouazza au député sortant, en terrasse d’un troquet de Vigneux-sur-Seine. « Ça va être compliqué de vous affirmer comme indépendant », raillent les deux psychiatres, qui exercent à l’hôpital de la ville.

Le parlementaire réplique tout sourire: non il n’a « pas rallié » le parti d’extrême droite. Il assume son « choix de second tour » en faveur de Marine Le Pen à la présidentielle, « forcément imparfait », pour faire barrage à Emmanuel Macron, « le libéral qui prend ses ordres à Bruxelles ». Et se targue d’avoir « infléchi » le programme FN et « fait sauter le front républicain créé par Mitterrand, pour diviser la droite et faire gagner une gauche minoritaire ». En face, les deux quinquagénaires font la moue.

« Des scènes comme ça, on en a tous les jours », concède le candidat, qui assure pourtant que la campagne des législatives n’est pas difficile.

La fronde au sein de son conseil municipal? « C’est réglé », assure le maire de Yerres. La fuite des cadres de son parti? Il préfère mettre en avant les « 2.000 adhésions » nouvelles depuis le rapprochement avec le FN. A-t-il réclamé le maintien d’un concurrent frontiste face à lui pour rassurer ses électeurs? Un dirigeant FN confirme l’information à l’AFP, mais il dément.

Habitué des scores hégémoniques – réélu député en 2012 avec 61% des suffrages, et maire trois fois depuis 1995 avec plus de 75% des voix – le baron local s’attend à un résultat moindre. Mais refuse de résumer sa circonscription aux « idiots utiles » qui ont manifesté devant sa mairie ces dernières semaines.

– Vote sanction? –

Dissident éternel à droite, gaulliste revendiqué, « NDA » risque-t-il un vote sanction?

« C’est une tache indélébile, les électeurs ont été salis », fulmine Irvin Bida, le candidat de la droite et du centre (UDI-LR). Cet ex-collaborateur du centriste Jean-Louis Borloo vise les déçus. « A cause de son isolement, Dupont-Aignan n’a jamais pu faire grand chose pour la circonscription », argue-t-il. Reste qu’en réunion publique, le trentenaire attire deux fois moins de personnes que le sortant.

Sur le marché de Yerres, Sandrine Maire, qui a toujours voté pour lui, est excédée: « Il nous a vendu pour un poste de Premier ministre. Je l’ai rayé de la carte ». Cette assistante maternelle de 45 ans souhaite désormais « laisser les mains libres à Macron pour qu’il montre ce qu’il peut faire ».

Mais beaucoup prennent les tracts d’Antoine Pavamani, candidat de la République en marche, le parti présidentiel, avec précaution. « Avec les bêtises du maire, on ne sait plus trop quoi faire, mais je ne vous promets rien », lâche une retraitée.

M. Pavamani espère rallier la « droite modérée » au projet du chef de l’Etat. Et tant pis si « NDA » le peint déjà en « apparatchik socialiste » pour son passé de plume de Manuel Valls.

Chantal Cheval, 66 ans, choisira malgré tout un bulletin Dupont-Aignan « par affection », car il « reste un très bon maire ».

L’argument revient en boucle: l’aventure FN n’efface pas le désendettement de la commune, la rénovation du centre-ville et la police municipale très présente dans cette banlieue cossue.

Des électeurs le soutiennent même jusqu’au bout. « Il avait des idées proches de Marine sur l’Europe, l’immigration, je n’ai pas été choquée », confie Martine Durand, 50 ans. Au second tour de la présidentielle, la secrétaire a suivi les conseils de son maire, en votant Le Pen.

Avec AFP

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