L’attelage Bayrou-Macron a trouvé son rythme de marche

Crédit AFP – By Eric FEFERBERG

L’alliance entre le centriste François Bayrou et Emmanuel Macron a trouvé son équilibre sept semaines après son annonce, l’aîné se fondant « avec délicatesse » au sein d’En Marche! où il apporte son expérience des précédentes campagnes présidentielles.

M. Bayrou, candidat en 2002, 2007 et 2012, a retrouvé mercredi soir dans sa ville de Pau les frémissements des meetings d’avant premier tour, cette fois sans occuper le haut de l’affiche, cédée à M. Macron.

Le président du MoDem, soutien d’Alain Juppé lors de la primaire de la droite et du centre, avant de renoncer le 22 février à une nouvelle candidature présidentielle au profit de l’ancien ministre de l’Economie, lui a rendu un hommage appuyé durant une vingtaine de minutes, louant « l’audace », « la volonté » et les « grandes qualités humaines » de son cadet de 26 ans.

« Il est des moments dans l’histoire des peuples où ils ont besoin de jeunesse, besoin d’écrire une page nouvelle sans être embarrassés par l’immobilisme des décennies passées », a-t-il plaidé, appelant à un « regard nouveau sur le monde ancien, trop pollué par les laxismes, les dérives, les compromissions ».

Des mots qui tendent à prouver que M. Bayrou « n’encombre pas la piste » et s’est intégré « avec délicatesse » dans le paysage d’En Marche!, comme s’en félicite un cadre du mouvement, bien plus circonspect il y a deux mois lorsqu’il évoquait « l’ego surdimensionné » du maire de Pau.

« A l’époque, il nourrissait une forme d’amertume, avec l’impression qu’Emmanuel Macron avait raflé l’héritage centriste », selon cette même source, en référence aux piques lancées par M. Bayrou contre l’homme (« hologramme » au service « de très grands intérêts financiers ») et le programme (« je n’y ai pas trouvé beaucoup de substance »).

Depuis, ce passif « a été purgé, ils s’en sont expliqué », assure un très proche de M. Bayrou.

« Je viens d’un pays de rugby, quand il y a un match, il est parfois vigoureux », plaisantait à ce sujet récemment le Béarnais.

Le patron du MoDem et celui d’En Marche!, tous deux férus d’histoire et littérature, sont en liaison constante.

« Ils s’appellent plusieurs fois par jour, se voient tous les deux jours en face-à-face ou dans des réunions d’équipe », confirme un proche de M. Macron.

François Bayrou « est très utile pour son expérience de la campagne, de la vie politique, du terrain », poursuit-il. « Par exemple, il apporte une grande attention à la façon dont le candidat s’exprime, l’incite à faire plus simple, plus courant, car avec le temps lui-même a dû apprendre à décanter son propos », ajoute cette même source.

– Plan de sauvetage –

Dans l’entourage de M. Bayrou, on souligne aussi le coup de pouce de 3 à 5 points dans les sondages selon les instituts, dans la semaine suivant l’accord, qui a permis à M. Macron de s’installer comme finaliste probable de la présidentielle.

En échange, M. Bayrou a sans doute sauvé son parti -lancé en 2007 dans le sillage de ses 18% à la présidentielle-, dont « deux tiers des militants » étaient déjà prêts à voter pour M. Macron, selon un élu centriste.

Car l’alliance prévoit un accord d’appareil aux législatives impliquant que des candidats sous étiquette En Marche! siègent dans un groupe MoDem.

Cela permettra à la formation de bénéficier des subventions publiques liées aux résultats dans les 577 circonscriptions.

En revanche, rien ne filtre officiellement concernant le nombre de circonscriptions réservées au MoDem, alors qu’avant le ralliement de M. Bayrou, un cadre d’En Marche! estimait que le Palois ne coûtait « pas cher », « moins de dix » circonscriptions.

« C’est une négociation qui n’a pas commencé », assure-t-on à En Marche!, soulignant que c’est au MoDem « d’identifier des circonscriptions et de proposer des noms ».

En privé, plusieurs membres d’En Marche! s’interrogent sur le nombre de candidats que pourra présenter le MoDem (15.000 adhérents).

M. Bayrou entretient également le flou sur son avenir en cas de victoire de M. Macron: au gouvernement, voire à sa tête ?

« Je suis élu de ma ville et j’ajoute une chose: tout ce que je pourrai faire pour que mon pays s’en sorte, je le ferai », évacuait-il récemment.

Avec AFP

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